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« Je suis frustré »

« Je suis frustré »

20:54 - 19/08/2008 - Eric CAMACHO

De notre envoyé spécial
Quatrième du 1 500 mètres, Mehdi Baala attribue cet échec à un manque de récupération. Il se pose des questions sur son avenir mais ne ferme pas la porte à une participation aux Jeux 2012.

Eric Camacho à Pékin De notre envoyé spécial à Pékin

Mehdi Baala, pouvez-vous nous parler de cette finale ?
La course est partie très vite. On était sur les bases de 3’30 aux 1 500 mètres. Ensuite, on a fait un tour sur les bases de 3’45 donc 15 secondes plus lentement. Après, on a accéléré mais je ne regardais plus le chrono car je n’étais plus assez lucide. Je finis comme je peux. Mais il me manque malheureusement une place à l’arrivée pour être sur le podium. Ça allait vite pour une finale olympique. C’est un des meilleurs chronos de l’histoire. Il y a huit ans à Sidney, je n’étais pas allé aussi vite et j’avais également fini quatrième. 2008 aura été l’une des années où le 1500 mètres était très relevé. Une des plus relevées que j’ai jamais connue.

Est-ce que c’est le changement de rythme qui vous a perdu ?
Non, c’était prévisible. Maintenant, ce qu’il y a de difficile dans ce genre de championnat, c’est qu’il y a trois courses et pas une seule. S’il n’y en avait eu qu’une, cela aurait été plus simple. Ce n’est pas le cas et il y a de la fatigue. Il faut pouvoir récupérer. Celui qui gagne n’est pas forcément le meilleur mais celui qui a le mieux récupéré.

Quel est votre sentiment après avoir échoué si près d’une médaille olympique ?
C’est trop tôt. Je me dis que c’est dommage même si j’ai déjà connu ça. Les années d’avant, je n’étais pas en finale. Là, j’y accède et je finis quatrième. Je suis frustré parce que c’est la quatrième place. Si j’avais fini cinquième, j’aurais peut-être été plus satisfait en me disant que j’avais tout donné. C’est ce que j’essaie de me dire. Que j’ai tout donné et qu’il y a encore de l’espoir pour la suite et que ce n’est pas terminé.

Vous avez pensé arrêter votre carrière ?
Quelque part, si j’avais été champion olympique, j’aurais peut-être arrêté de courir. Ça me donne donc envie de continuer. Mais j’ai 30 ans. Les années, je vais les compter. Ma carrière est plus derrière que devant. Cela fait 10 ans que je cours. Il y a des moments où c’est vrai que j’en ai ras le bol. J’ai fait énormément de sacrifices. J’ai envie de faire des choses tellement banales pour un parent : se réveiller le matin avec sa fille, l’amener à l’école, la voir rire, la voir pleurer, l’engueuler. Des choses simples que je ne fais jamais.

« J’étais dans la forme mentale de ma vie »

Vous pourriez aller jusqu’en 2012 et les Jeux de Londres ?
Quatre ans, ce n’est pas super loin. J’ai vécu quatre années très difficiles depuis Athènes pour en arriver là. Si à Athènes, on m’avait dit que j’allais finir quatrième à Pékin, j’aurais peut-être dit : « Je ne sais pas si ça vaut le coup ». C’est la vie. J’essaie d’être champion olympique ou de faire un podium olympique. Comme quoi, dans le sport, on ne réalise pas toujours ses rêves. Mais ce n’est pas fini.

Est-ce qu’il y avait la possibilité de mieux assurer cette récupération qui vous a manqué ?
Je pense que j’ai tout fait. Toutes les choses possibles et imaginables, humainement parlant bien sûr, pour récupérer. J’avais un kinésithérapeute là juste pour moi pendant une semaine pour me faire les étirements. J’ai bu des litres et des litres d’eau. Je n’ai jamais bu autant d’eau de ma vie. J’allais aux toilettes toutes les cinq minutes. Je pense que j’ai tout fait. Si j’avais couru en demi-finales en 3’40 au lieu de 3’37, j’aurais eu plus de jus. Mais ce sont les Jeux olympiques, on ne vient pas les mains dans les poches. C’est trois courses et le dernier tour de la troisième course.

Qu’est-ce qui vous a manqué fondamentalement ?
Il m’a manqué un jour de récupération de plus. Ce n’est pas un problème mental, c’est physique. Je pense qu’aujourd’hui, j’étais dans la plus grande forme mentale de ma vie. Je ne me suis jamais senti aussi « guerrier » de ma vie. Malheureusement, vous pouvez être le plus guerrier du monde, quand vous n’avez pas les jambes, vous ne pouvez rien faire. C’est le sport, c’est la vie, c’est comme ça…



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