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« Il a manqué l’étincelle »
03:20 - 23/08/2008 - Eric CAMACHODe notre envoyé spécial
Au moment de dresser le premier bilan de l’athlétisme français, le Directeur Technique National se satisfait – à défaut de médaille – des places de finalistes. Il estime que la réussite n’était simplement pas au rendez-vous.
Franck Chevalier, le bilan de l’équipe de France est décevant. Est-ce aussi votre avis ?
Nous ne sommes effectivement pas dans les chiffres annoncés en termes de médailles. Vous avez vécu les dernières vingt-quatre heures comme moi. Vous savez que nous sommes passés très près en ce qui concerne Leslie ou Ladji. Il y a six mois de cela, on aurait annoncé une quatrième place à Ladji, il aurait signé des deux mains. Il y a encore trois mois, c’était inespéré. Je n’ai pas le sentiment qu’il ait failli. Bien au contraire. Leslie vous a expliqué la cause de son manque d’engagement. Je n’ai pas le sentiment que l’équipe de France soit passée à côté. Les athlètes qui devaient être en finale y ont accédé et s’y sont bien comporté. On a manqué de réussite concernant les médailles.
Quelles étaient vos principales prévisions de médailles ?
Nous avions deux athlètes qui étaient nos plus fortes chances : Mehdi Baala et Yohann Diniz. Ce sont des gens qui savent se préparer et ils étaient présents. Malheureusement pas pour des médailles. Après, nous avions cinq ou six outsiders dont nous pensions qu’ils pouvaient venir se mêler à la bagarre. Mais dans un contexte olympique, c’est l’opportunité qui fait la médaille et cela n’a pas souri cette fois. Ladji et Leslie en sont les principales illustrations. Globalement, la stratégie que nous avions adoptée me semble la bonne.
Est-ce qu’il y a des athlètes qui vous ont déçu ?
Je le dirai au moment du bilan mais des athlètes m’ont déçu par leur comportement et leur attitude. C’est une minorité par rapport aux athlètes qui étaient sélectionnés. Globalement, l’équipe de France est au niveau où on l’attendait. Nous allons faire un meilleur résultat que sur les deux dernières olympiades. Nous allons nous situer aux alentours de la quinzième place mondiale. La seule différence, c’est que nous ne bouclerons probablement ces Jeux avec une seule médaille.
« Il reste du chemin à parcourir »
N’est-ce pas un peu fataliste de réagir de cette manière et de se contenter de places de finalistes ?
Il y a deux manières de voir les choses. La première, c’est de se dire que c’était notre place. Peut-être. Que rêver de remporter quatre médailles dans un contexte olympique, c’est inespéré pour l’athlétisme français. Il faut de la chance. L’autre manière d’aborder cette question, c’est de se dire qu’il nous reste du travail à faire. Nous avons fait du chemin. C’était la première fois que nous n’emmenions que 35 athlètes aux Jeux olympiques soit une quinzaine de moins que lors des précédents Jeux. C’est la première fois que nous emmenions leur entraîneur personnel sur les Jeux dans un contexte difficile en termes logistiques et financiers. C’était de gros moyens investis par la Fédération et un gros travail de coordination pour que tout le monde travaille en harmonie. Et ça s’est plutôt bien passé. J’ai le sentiment que nous avons fait un pas en avant. Il a manqué l’étincelle qui aurait pu nous apporter les sourires et les médailles. Il nous reste du travail à faire par rapport à l’approche de la compétition. Il y a des nations qui sont prêtes à se jeter sur la ligne d’arrivée pour aller chercher une médaille. Je n’ai pas le sentiment que nous en soyons là.
Beaucoup d’athlètes français n’arrivent pas dans des conditions optimales aux Jeux…
A l’évidence, l’année olympique n’est pas du tout une année comme les autres. Dans le fonctionnement des athlètes et des entraîneurs, ce n’est clairement pas la même chose. Il faut qu’on arrive à comprendre pourquoi et il faut qu’on arrive à résoudre ce problème-là.
Comment analysez-vous l’échec des relais masculin et féminin ?
Il y a deux cas de figure. Il y a le relais masculin où nous avons été en difficulté faute de combattants. Il faut se poser des questions par rapport à cet état de fait. Le relais féminin se passait bien jusqu’à la dernière transmission. Ce sont des choses qui font partie du relais. C’est aléatoire.
Que s’est-il passé entre Ronald Pognon et les entraîneurs du relais ?
Ronald a prévenu les entraîneurs en temps et en heure. La composition du relais a été déposée à 18h50. A cette heure, tout le monde était au courant que Ronald ne courrait pas. Il était sur le terrain d’échauffement à proximité des relayeurs donc tout le monde avait la possibilité de savoir qu’il ne pourrait pas courir parce qu’il était blessé. Le médical a prévenu Laurence (Billy, la co-entraîneur du relais) en ma présence. Guy (Ontanon, l’autre co-entraîneur) a été prévenu dans la foulée. Vingt-quatre heures avant, il y avait eu une réunion pour faire le point sur la blessure de Ronald. C’est le moment où nous avons décidé d’aligner un remplaçant au cas où.
« Mekhissi-Benabbad est victime d’un délit de sale gueule »
Ce n’est pas du tout ce que Laurence et Guy nous ont dit hier soir ?
Je m’en expliquerai avec eux. Mais il y a visiblement un écart entre ce qu’ils entendent et ce qu’ils disent. J’ai appris dans les médias que Guy souhaitait démissionner. Il ne me l’a pas dit directement mais s’il le souhaite, je n’ai aucune raison de la refuser vu le comportement inadmissible qu’il a eu. Au sein d’une équipe, lorsqu’il y a un problème, on l’évoque en interne avant de s’en ouvrir à la presse. Il eut été élégant de sa part de gérer cela au sein du groupe.
N’y a-t-il pas, dans un contexte pauvre en chances de médailles, un vrai manque de considération pour le relais ?
Cela a toujours été la question du 4 X 100 mètres. Il me semble que les filles le gèrent mieux que les garçons puisqu’elles sont plus constantes dans le résultat. On sait qu’en individuel très peu d’athlètes français en sprint peuvent briguer un podium. Cela veut dire que le relais s’impose un objectif majeur pour les sprinters. Or, cet objectif ne semble pas leur apparaître comme évident. Ils avaient pourtant une chance de s’accrocher au podium. Les prochaines règles de sélection pour les individuels seront revues dans l’objectif du collectif relais.
Comment réagissez-vous aux doutes des médias quant à la performance de Mayedin Mekhissi-Benabbad ?
Je trouve relativement désagréable la façon dont a été traitée la médaille de Mayedin. J’ai un peu le sentiment qu’il y a plus de désinformation que d’information et qu’il fait l’objet d’un délit de sale gueule. C’est un jeune garçon qui a du talent. Ce n’est pas forcément lui que l’on attendait sur le podium mais on avait de forts espoirs sur cette épreuve. Il se trouve que les Kényans ont fait une course stratégique et que Mayedin a pu les suivre. Je trouve un peu déplacé dont sa médaille a été traitée. Il y a des procédures très contraignantes qui ont été mises en place en parallèle du suivi longitudinal. Dans les deux cas, il n’y a pas eu le moindre doute.
« Je vois du jaune et vert partout »
Vous comprenez que l’on s’interroge sur un garçon qui sort presque de nulle part ?
J’ai l’impression de voir du jaune et vert partout. Je vais peut-être aller faire des tests ophtalmologiques. Il faut être lucide aussi. Il n’y a pas du bleu-blanc-rouge partout. Si cela avait été le cas, je me serais interrogé. Je ne vous parle pas d’Usain Bolt en le montrant du doigt. Je vous parle juste de jaune et vert.
Vous comprenez alors que nous ne puissions avoir aucune assurance puisque vous vous interrogez vous-mêmes sur les Jamaïcains…
Mais je ne peux vous assurer de rien. Nous vivons dans un milieu, l’athlétisme, et le sport en général, où nous ne pouvons plus avoir de certitudes. Je suis le premier à le regretter. J’ai des gamins qui rêvent de faire du sport et de devenir des champions et je dois faire attention quand je leur parle. Malheureusement, nous vivons dans ce contexte. J’ai l’impression que les choses évoluent. Mais les certitudes n’existent plus.
Allez-vous poursuivre votre mission de DTN à l’issue des Jeux ?
Ce n’est pas de mon ressort. Je n’ai pas encore fait le débriefing avec le président de la Fédération. Nous dresserons un bilan à l’issue des épreuves.
EXTRAS
BRÈVES
15:57 - 16/11/2008 >> Sept collines : Abshiro sacré
14:23 - 16/11/2008 >> Tokyo : Ozaki victorieuse
17:33 - 10/11/2008 >> Mekhissi-Benabbad athlète français 2008
12:52 - 08/11/2008 >> Divers : Reconversion pour Barber ?
13:51 - 07/11/2008 >> Chine : Opération obligatoire pour Xiang
LE SAVIEZ-VOUS
En 2008 cela sera la 10ème fois que le meeting a lieu au Stade de France

